Résumé :L'unité de mesure que nous présentons ici est utilisée par des artisans qui fabriquent des statues bouddhiques et taoïques dans une petite ville située près de la côte Est de Taiwan. Cet article fait suite à une ethnographie réalisée en 1996 à Yilan au sein d'un groupe de statuaires et développe le dernier chapitre du mémoire qui découle de cette étude (Le Chevoir : 1997). Nous y verrons, entre autres, comment les sculpteurs d'Yilan utilisent le Lu Ban Chi, cet instrument de mesure qui détermine la hauteur des statues des deux panthéons...
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DE 1998 A 2006 : EN GUISE D'INTRODUCTION
Huit ans séparent la parution de cet article dans Anthroepotes et sa mise en ligne sur Internet. J'y ajoute aujourd'hui cette petite introduction car les quelques lignes qui suivent représentent pour moi, non seulement un intérêt pour l'ethnologie et la Chine, mais aussi une blessure qui ne cicatrise pas.
Juste après avoir rendu mon mémoire sur la fabrication des statues bouddhiques et taoïques à Yilan, je profitai des vacances d'été pour écrire mon D.E.A. sur l'utilisation du Lu Ban Chi chez les statuaires, continuité logique de mes études. Mon ancien directeur d'études, François Sigaut, avec qui je m'entendais bien, ne pouvait pas me suivre sur ce terrain car il sortait de son champ d'investigation. Il me fallait trouver un directeur spécialisé sur la Chine.
A l'époque, je pensais qu'un tel sujet aurait intéressé plus d'un spécialiste de la Chine mais mon projet semblait n'intéresser que moi ! Voyant que je piétinais, mon ancien directeur d'études me conseilla de rencontrer Denys Lombard, le directeur de l'E.F.E.O.
Cette rencontre fut décisive pour la suite de mes études. Je ne me doutais pas un instant du combat d'idées auquel j'allais participer ! Je suis pourtant un habitué des combats dans les dojos au karaté, mais là, mon adversaire de 60 ans m'a mis K.O. ! Je me souviens encore de la phrase qui m'a sonné : " Ne pensez-vous pas qu'étudier cet outil serait aussi futile que d'étudier le pourquoi la fève dans la Galette de Rois ? ". Avec le recul, je pense que Denys Lombard avait voulu me tester afin de voir ce que j'avais dans les tripes, enfin, je l'espère… Alors que je franchissais le seuil de la porte pour quitter son bureau, il me dit : " Bon ! Ecrivez-moi quand même un article sur cet outil ", puis, sur un ton complètement différent, comme s'il s'agissait d'une autre personne, quelqu'un de fragile, il ajouta : " Vous reviendrez me voir ? D'accord ? C'est promis ? "
Ébranlé par le doute, je décidai alors de changer de sujet de D.E.A. et de m'intéresser aux colporteurs chinois. L'année du D.E.A. est une année très courte au cours de laquelle chaque semaine compte… et là, j'avais des mois de retard !
Parallèlement à mes études, je m'occupais de la revue Anthroepotes. Comme nous préparions un numéro sur l'Asie, je commençai donc cet article sur le Lu Ban Chi que j'avais promis quelque temps auparavant. Entre temps, Denys Lombard est mort…
Courage, ténacité et foi m'ont manqué après le D.E.A. J'ai jeté les gants car je pensais et pense encore que sans traiter du Lu Ban Chi lors du Doctorat, j'aurais renié une partie de moi-même et trahi mes amis sculpteurs.
Alors, suis-je en train de jeter, huit ans après, une bouteille à la mer ? Qui sait ? A 41 ans passés, je signerais bien encore pour 5 ans afin d'y donner suite. Il s'agit là d'un terrain passionnant et délicat. Une étude qui demande au minimum un cycle entier voire deux ans sur le terrain non stop. Et si cette bouteille était interceptée par une tierce personne ? Je lui donnerais un conseil d'ami : " Fonce ! Ce terrain ne m'appartient pas plus qu'il n'appartient à un autre ! Il n'existe pas de découverte en ethnologie, il n'existe que des lacunes à combler… Les Chinois n'ont pas attendu qu'un petit Français vienne s'intéresser au Lu Ban Chi pour s'en servir ! Si un jour tu soutiens cette thèse et que le fruit de ton travail provient de tes tripes et de ton cœur, je ne me ferai plus de soucis pour le Lu Ban Chi… tu auras fait un bon terrain ! "
En 1998, le texte qui suit commençait ainsi : " A la mémoire de quatre amis…. ". Il y a peu de temps, la liste a malheureusement augmenté, avec la disparition d'un modeleur hors pair. Alors, cette petite introduction je te la devais bien, A-Yi, mon ami…
A la mémoire de quatre amis, WENG Song-Mao, LI Zhao-Yuan, tous deux sculpteurs, ZHEN Zhen-Ji, le menuisier et WENG Song-Shan,
le laoban.
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Première édition 19 mars 2006
Modifiée le
07 September 2007