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LE MAÎTRE LU BAN
Avant de décrire l'instrument de mesure qui nous intéresse, attardons-nous sur
son " inventeur ", le Maître LU BAN. LU BAN est un personnage historique et
mythique du VIème siècle avant notre ère. C'est le patron des menuisiers et des
charpentiers à qui on attribue une multitude d'inventions géniales concernant
les métiers du bois et de la construction. Selon ZHEN Zhen-Ji, le menuisier de
l'entreprise de sculpture, LU BAN serait à l'origine de presque tous les outils
de son corps de métier ; il aurait inventé, entre autres, l'équerre, les
différents assemblages pour fixer les planches entre elles, etc.
Dans le temple de LU BAN situé à Yilan, des brochures relatent les exploits du
Maître. Dans l'une d'elles (Taiwan sheng... 1996 : 1-3), nous apprenons que cet
habile mécanicien était capable de construire des bateaux, des chars et qu'il
inventa et mit au point des machines plus ou moins extraordinaires telles que
l'échelle de siège montée sur roues pour l'assaut des murailles (Yun Ti : 雲梯) et
l'ancêtre du planeur (Mu Yuan : 木鳶) d'où l'on pouvait surveiller les bases
ennemies tout en survolant ses lignes.
La biographie consacrée au Maître extraite du " Manuel de Lu Ban ", un manuel
des charpentiers datant du XVème siècle traduit par Klaas Ruitenbeek, insiste
moins sur les inventions extraordinaires (Ruitenbeek 1988 : 166-169). Néanmoins,
nous y retrouvons les composants merveilleux du mythe. Nous apprenons, par
exemple que le jour de sa naissance " des grues blanches s'assemblèrent et [qu']
un parfum délicat emplit la maison et ne cessa d'embaumer pendant un mois
entier. Tout le monde fut stupéfait par ce phénomène. " (Ruitenbeek 1988 : 166)
Concernant son enfance, nous découvrons que jusqu' " à l'âge de sept ans, il ne
faisait que jouer et n'apprenait rien, au grand chagrin de son père et de sa
mère. " mais qu'à " l'âge de quinze ans, il se mit soudainement à suivre Duanmu
Qi (端木起) un disciple de Zixia (子夏) . Au bout de quelques mois, il comprit
entièrement les plus subtils principes et il avait surpassé les écoles
philosophiques de son époque." (Ruitenbeek 1988 : 166).
A deux reprises, il vécut en ermite en s'isolant dans les montagnes où il finit
par rencontrer un Immortel " qui lui enseigna les formules secrètes pour voyager
sur les nuages à travers le monde. " (Ruitenbeek 1988 : 168).
Notons aussi que LU BAN se manifesta à plusieurs reprises au cours des dynasties
Han (-206 - 220), Tang (618 - 907) et Song (960 - 1279) afin d'aider à la
construction de grands travaux et que durant la dynastie Ming (1368 - 1644), il
guida les ouvriers qui purent ainsi achever la construction du Palais Impérial
de Pékin.
Il semblerait que le Li Ki (Mémoires sur les bienséances et les cérémonies),
traduit par Séraphin Couvreur, mentionne une seule fois le nom du Maître.
L'intérêt de ce passage est que LU BAN est présenté sous un autre angle, son
ingéniosité n'étant pas perçue comme positive mais plutôt comme troublant
l'ordre établi.
" Lorsque la mère de Ki K'ang tseu mourut, Koung chou jo [LU BAN] (nommé Pan,
habile mécanicien), était encore jeune (et ne connaissait pas le cérémonial).
Lorsque la défunte fut parée de ses vêtements, il proposa de descendre le
cercueil dans la fosse au moyen d'une machine (nouvelle). Sa proposition allait
être agréée, lorsque Koung kien Kia dit : " Cela ne convient pas. Notre
principauté de Lou a d'anciens usages. [...] Pan, au lieu d'essayer votre
ingénieuse invention pour la mère des autres, qui vous empêche de l'essayer pour
votre propre mère ? Quelle difficulté y trouvez-vous ? Ah ! ". La proposition de
Koung chou Jo ne fut pas acceptée " (Couvreur 1950 : 231).
Dans le cas que nous allons étudier nous verrons que LU BAN vit encore dans
l'esprit des sculpteurs par l'intermédiaire du Lu Ban Chi, outil essentiel pour
les statuaires d'Yilan car il détermine la hauteur de leurs statues.