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LES CIRCONSTANCES DE LA DÉCOUVERTE
J'avais remarqué que les artisans utilisaient un " mètre ruban " différent de
ceux que nous trouvons chez nous. Quatre unités distinctes y figurent : en bas
se trouvent les centimètres, en haut ce que les artisans nomment l'unité de
mesure taïwanaise et, entre les deux, deux autres unités non chiffrées mais
composées de caractères chinois. Lorsque j'avais interrogé YANG, le modeleur, à
propos de l'unité qu'il utilisait, il m'avait indiqué l'unité chiffrée de
Taiwan. J'obtins la même réponse de WU Su-Tang, l'aide menuisier, qui me précisa
que l'une des unités à caractères était liée à la construction des maisons et
l'autre, liée aux morts.
Je ne prêtais plus attention à leur instrument de mesure jusqu'au jour où,
prenant les cotes de l'atelier de modelage afin d'en établir le plan, je fus la
cause involontaire d'un regroupement de personnes intriguées par mes
agissements. C'était le soir, après les heures de travail, et les artisans
avaient regagné leur demeure. Les voisins se regroupèrent, et bientôt dix
personnes se tenaient à distance tout en suivant mes faits et gestes. Ils
discutaient à voix basse. Poussé par la curiosité, l'un d'entre eux,
l'antiquaire (le beau frère du menuisier), vint à ma rencontre. Il avait l'air
soucieux et les regards des autres étaient braqués sur nous ! " C'est bon ? " me
demanda-t-il. Il attendait ma réponse avec anxiété. Je ne comprenai pas le sens
de cette question mais, pour le rassurer, je lui répondis que c'était bon! Il
repartit aussitôt rejoindre le groupe qui attendait ses commentaires.
Je continuai à prendre les mesures et sortis une boussole pour orienter le plan.
De nouveau, l'antiquaire vint me rejoindre. " C'est bon ? ". Le ton était si
grave que je ne pus lui répondre que : " C'est extrêmement bon ! ". Je pensai
alors que cette réaction était en rapport avec la géomancie à cause de la
boussole que j'avais utilisée.
Quelques semaines plus tard, alors que je mesurai les murs intérieurs de
l'atelier de peinture, l'étude sur les statues allait prendre un autre tournant.
Le mètre ruban français que j'utilisai intrigua LIN De-Fu, le peintre : " Ce
n'est pas pareil ! ". En effet, seuls les centimètres y figuraient. Il prit le
sien, mesura la hauteur d'un JI GONG placé près de lui et déclara que la mesure
était bonne.
" Quelle unité utilises-tu ? "
Il m'indiqua l'unité non chiffrée située en dessous de l'unité chiffrée de
Taiwan.
" Pourquoi est-ce bon ? "
" Ça tombe sur ça ! " me dit-il en me montrant le couple de caractères sur
lequel tombait la hauteur de la statuette. Il en mesura une seconde et déclara
qu'elle était bonne, bien que sa hauteur ne tombe pas sur le même couple de
caractères. Je n'y comprenais rien !
" Les rouges, pas les noirs ! " précisa WU Song-Bo qui nous observait.
En effet, les caractères qui leur servaient de repère étaient, soit écrits en
rouge, soit écrits en noir et formaient des groupes alternés de couleur. Je
saisis le " mètre ruban " de LIN De-Fu et lui indiquai un couple de caractères
noirs :
" Si une statue tombe sur ça ? "
" C'est impossible ! C'est impossible! On ne peut pas ! " me répondit-il en
mimant un fantôme puis il fit le signe de la mort. Les hauteurs des statues
n'étaient donc pas aléatoires. Certaines leur étaient même interdites ! L'étude
prit, tout à coup, une autre dimension ...