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Texte 8. Luo Man (Nadine),
Malaisie
Trouver
des "partenaires".
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Je dois dire que la seule façon de réellement
progresser en langue a été de "faire" les petites annonces des librairies
chinoises de Paris pour trouver des "partenaires". J'ai ainsi pu échanger
des cours chinois/français avec une comédienne du Continent venu rejoindre son mari, une
Taiwanaise mariée à un Français... Cela était très enrichissant et m'a confortée dans
mon idée de partir terminer ma maîtrise "in situ". Luo Man
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Bonjour Michel,
Merci pour votre réponse et vos conseils. Je vous envoie quelques éléments de mon
expérience concernant l'apprentissage du chinois et des chinois.
Pour faire bref, je dirais que j'ai du attendre une dizaine d'années pour réaliser
un rêve datant de mes premières lectures de Pearl Buck: apprendre le chinois. En effet,
cette matière était rarement enseignée dans les lycées francais au début des années
80. Après mon bac, les trois premières années d'apprentissage du chinois à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales
(INALCO anciennement Langues O) n'ont fait que renforcer ma passion pour cette
civilisation. Je ne me souviens plus dans le détail des manuels utilisés si ce n'est le
"De Francis" et la grammaire de M. Désirat. Mais depuis je trimbale partout mon
Dictionnaire Ricci qui était à l'époque la Bible du chinois. Je garde un
excellent souvenir de l'ensemble de mes profs, chinois et français, qui faisaient
vraiment tout leur possible pour nous donner un bon niveau de langue et un excellent
niveau de culture générale. À plus de 30 en cours de conversation, c'était souvent une
gageure.
Je dois dire que la seule façon de réellement progresser en langue a été de
"faire" les petites annonces des librairies chinoises de Paris pour trouver des
"partenaires". J'ai ainsi pu échanger des cours chinois-français avec une
comédienne du Continent venu rejoindre son mari, une Taiwanaise mariée à un
Français... Cela était très enrichissant et m'a confortée dans mon idée de partir
terminer ma maîtrise "in situ". La "vraie" Chine ne m'ayant pas
accordé de bourse, je me suis donc retrouvée à Taipei. Sur place on m'a conseillé une
petite école de quartier (buxi ban) moins réputée que d'autres centres pour
occidentaux, mais qui avait le mérite d'accueillir surtout des asiatiques (Japonais,
Coréens...) venus apprendre le mandarin. Là pas de bouquins, mais des cours
essentiellement oraux à partir de journaux et d'émissions radio. J'ai probablement
atteint à ce moment là le meilleur niveau de chinois que je ne pourrais jamais avoir.
D'autant que je partageais un appartement avec des étudiants locaux et que j'ai très peu
fréquenté de francophones et d'anglophones durant cette période.
Si je peux donner un conseil à des personnes désireuses de se perfectionner en Chinois,
voir même de commencer, c'est de ne pas considérer que Taiwan est une "sous
version" américanisée de la Chine. J'y suis allée avec beaucoup de réticences
mais sans regrets excessifs, puisque c'était en 1989-1990 et que la France avait rompu
ses relations diplomatiques avec le Continent. J'en suis revenue absolument enthousiasmée
par la chaleur de ses habitants, et les richesses culturelles si vivantes encore dans ce
pays. Par ailleurs, l'aspect occidentalisé est bien réel, mais on peut tout à fait
vivre comme un taiwanais de base et se sentir en Chine... tout en profitant parfois des
avantages d'un pays proche du notre, en matière de santé notamment. Bien sur, Taipei est
polluée, encombrée... mais c'est sans compter avec tous les endroits vraiment typiques
qu'on peut trouver sur l'île, les manifestations traditionnelles auxquelles on peut
assister partout: cérémonies religieuses avec marionnettes, baptêmes de temples avec
troupes de théâtre... alors que cela était encore très marginal sur le Continent à la
même époque. Pour finir, Taipei possède un musée et des bibliothèques qui recèlent
quantité d'informations dans tous les domaines. Un vrai bonheur pour les étudiants
préparant un mémoire ou une thèse. Je crois qu'un autre gros avantage d'étudier à
Taiwan est que l'on n'est pas considéré avant tout comme une source de devises. On a
accès à des activités pratiquées par des locaux: taiqi juan, arts martiaux, peinture,
calligraphie... et ce à des tarifs pour locaux ou presque. Je ne suis pas sure que ce
soit vraiment le cas sur le Continent où certains de mes camarades se plaignaient d'être
cantonnés à une vie "d'étudiants étrangers" très organisée et souvent
assez onéreuse. Et puis, à l'époque à Taipei, on trouvait assez facilement des petits
boulots...
À mon retour à Paris, j'ai décidé de poursuivre mes études de chinois avec un
3ème cycle, que j'ai obtenu de faire en deux ans car j'ai commencé à travailler à ce
moment-là. Durant cinq ans, les deux postes que j 'ai occupés, l'un à titre
d'accompagnatrice dans un organisme de tourisme et l'autre comme chargée d'affaires dans
une société de commerce international, m'ont permis de me rendre en Chine et de
retourner à Taiwan. Ensuite mon niveau de chinois, que je ne pratiquais plus avec autant
d'assiduité, a pas mal diminué. Un séjour de trois ans en Inde pour cause
d'expatriation de mon mari dans la ville de Bombay où personne ne parlait chinois a fini
de mettre à mal mes acquis.
Heureusement, nous sommes depuis deux ans à Kuala Lumpur en Malaisie et je peux pratiquer
un peu le mandarin . La grosse majorité de la population d'origine chinoise parle des
langues dérivées du cantonnais, et il y a aussi une forte composante 'hokkien" à
Penang et pas mal de Hakkas dans le sud. La culture chinoise mélangée aux traditions de
la péninsule malaise a donné des résultats assez étonnants, notamment la civilisation
"baba nyonya" de Malacca. Mais on se sent quand même bien loin de la Chine.
D'ailleurs, et peut-être à cause des avatars de la politique actuelle en Malaisie, les
Chinois d'ici se disent avant tout malaisiens et parmi ceux que j'ai rencontrés très peu
ont gardé des liens avec leur mère-patrie.
En tout cas, mon séjour ici qui doit théoriquement se terminer en décembre, m'aura au
moins obligé à me remettre sérieusement à la pratique de cette magnifique langue car
j'ai été sollicitée pour aider des élèves qui veulent présenter cette option au bac.
Au passage, pour ceux que cela intéresse, je trouve que les cours du CNED Centre National d'Enseignement à Distance sont
très bien faits, mais d'un niveau très soutenu pour de vrais débutants. Prochaine
étape: en fonction du temps que j'aurais à ma disposition dans les prochains mois,
je compte me remettre au "wenyan wen" car la langue chinoise classique reste
pour moi un vrai plaisir par sa beauté et son aspect mystérieux et ludique à la fois.
Malheureusement, les matériaux d'étude restent à ma connaissance assez limités malgré
des ouvrages très bien faits par certains profs des Langues O, et surtout je ne
connais aucun logiciel ou aucune méthode utilisable en informatique. Merci donc à ceux
et celles qui pourraient me renseigner...
Voilà en gros ce que je peux écrire pour apporter ma contribution à votre site. Bien
sûr, il y a encore mille choses à dire, et si vous voulez que je m'étende sur certains
points, n'hésitez pas.
Zhu ni
Kuaile ping'an (je ne
maîtrise pas encore les caractères!)
Luo Man (Nadine)
Mailaisie, Kuala Lumpur
Septembre 1999 |