|
Sexualité : le Tantra et
Tao
L’Inde et
le Tibet ont mis au point des techniques sexuelles appelées Tantra.
L’Occident s’est intéressé ces dernières années au Tantra dans la
recherche d’intégration des impulsions sexuelles dans leur développement
spirituel. En Chine, le Tao a élaboré des pratiques sexuelles pour
sauvegarder la vie, la santé, la longévité et atteindre l’immortalité.
Les principes du Tantra et du Taoïsme sont en plusieurs points
identiques. Ils cherchent à réunir les contraires : l’homme et la femme,
à vivre les expériences de la vie incluant la sexualité comme point de
départ vers la spiritualité et comme point final vers la vérité.
La voie
taoïste et la voie tantrique sont différentes dans leur langage, leur
symbolique et leurs méthodes et pratiques pour accomplir l’union du
corps, du mental et de l’esprit. Les deux voies considèrent la maîtrise
de la sexualité comme moyen essentiel pour atteindre l’illumination dans
le corps. Dans les deux méthodes, la conservation de la semence (sperme)
est considéré bénéfique pour la vie.
Ce qui
distingue le Tantra du Tao serait plutôt le discours complexe du
bouddhisme tantrique tibétain par rapport à la simplicité du discours
taoïste. Un médecin, spécialiste occidental du bouddhisme, Keith Dowman
explique bien cette complexité : « Retirez au yoga tantrique sa
terminologie mystérieuse et il ne reste plus qu’une technique de
méditation. Stimulez le désir (sexuel), puis faites en l’objet d’une
méditation et il deviendra conscience – un domaine de vacuité et de
béatitude. » Un taoïste dit la même chose, mais différemment : « En
chaque instant, il y a seulement la vacuité du yin recevant l’ensemble
du yang », c’est le mariage éternel de l’homme et de la femme, de
l’esprit et de la matière, du ciel et de la terre.
On pourrait
dire que le Tantra est destiné à ceux qui sont fascinés ou attirés par
les archétypes religieux et les panthéons d’êtres divins : les dieux,
les déesses, les bodhisattvas et les démons et leurs rituels secrets très
élaborés, leurs initiations, leurs invocations faisant usage de Mantras
complexes, leurs vénérations aux maîtres, aux images et aux statues.
Ceux qui ont la patience de suivre ce chemin complexe et rigoureux, sans
tomber dans la croyance ou la foi de la religion, et de suivre un lama
ou un gourou qui a compris la vraie pratique ésotérique pourront
réussir.
Pour la
voie Tantrique intérieure, la semence ou le sperme est d’une grande
importance, selon Dowman :
« La
semence raffinée dans le centre du cœur répand la conscience dans le
corps. La perte de semence par quelques moyens que ce soit provoque une
réduction de la durée totale de la vie, et un teint pâle…La perte de la
semence est comparé au meurtre de Bouddha… Après l’initiation,
l’intensité du désir est essentielle pour forcer la Bodicitta (essence
séminale) à monter le long du nerf central (de la colonne vertébrale);
non seulement le désir est diminuée par l’orgasme, mais la volonté de
trouver l’illumination est aussi temporairement perdue. »
Ceci est en
accord avec la rétention de la semence, laquelle est suivie de son
transfert à un niveau supérieur dans le Tao. Pour la voie taoïste, le
sperme (Jing ou essence vitale) est conservé et utilisé pour être
transformé en énergie (Qi) et raffiné en esprit (Shen). La montée de
l’énergie sexuelle se fait par le canal d’énergie du dos (Du Mai) qui
comporte des points de raffinage, pour revenir à l’avant dans le canal (Ren
Mai), cette réunion en boucle appelé Orbite Microcosmique régénère les
centres supérieurs du cerveau en activant le point Paé Roe (Cent
Réunions). Lorsque ce point est chargé d’énergie celle-ci se répand dans
les cent canaux d’énergie et aide à guérir les « cent maladies ».
Maître
Mantak Chia raconte son expérience du bouddhisme et du taoïsme ainsi : «
J’ai moi-même été élevé près d’un temple bouddhique en Thaïlande et j’ai
fréquenté les moines dès mon enfance. J’ai constaté plus tard que les
rituels extérieurs n’étaient pas aussi efficaces que les méthodes
internes que j’ai appris avec les maîtres taoïstes. »
Dans le
bouddhisme, les rituels extérieurs sont souvent un mélange de culture
locale et d’ésotérisme qui nous amènent sur le chemin extérieur des
imageries archaïques des déités religieuses et des états d’esprit
complexes difficilement traduisibles du sanskrit ou du tibétain.
Les
pratiques ésotériques taoïstes n’ont pas été ensevelies dans des
rituels, des cérémonies, des vénérations à des maîtres ou perdues dans
des doctrines religieuses changeantes. Les pratiques taoïstes sont
longtemps restées secrètes et transmises oralement de Maître à disciple
(voie Nei ou interne) pendant plusieurs millions d’années. Elles furent
mises par écrit vers le 2è siècle après J.-C. sous la dynastie des Han,
sous des formes ésotériques et des images poétiques pour conserver
intègre les pratiques de méditation et empêcher les non-initiés et les
immoraux de les utiliser.
Même si la
diffusion du taoïsme a aussi été ralentie par des difficultés de
traduction du chinois vers l’anglais ou le français, cette connaissance
est surtout orientée vers les archétypes de la nature, des rythmes, des
transformations synthétisés dans les symboles Bois, Feu, Terre, Métal et
Eau exprimés dans les saisons printemps, été, fin de l’été, automne,
hiver et condensés dans le yin et yang. Ce modèle théorique a été
véhiculé en Occident par les jésuites, et a continué à être développé
par l’acupuncture, l’herboristerie, le Taï Chi et a été accepté bien
avant la venue des maîtres taoïstes. Ils contribuèrent à la conservation
du côté pratique des enseignements spirituels en utilisant le Chi (Qi)
pour soigner le corps, le mental et l’esprit. Le quart de la population
mondiale est formé de Chinois et depuis longtemps la civilisation
occidentale gravite autour de la civilisation chinoise, si bien que les
systèmes théoriques à la base de l’enseignement taoïste sont bien connus
à travers le monde.
Les vraies
pratiques taoïstes sont fort simples à comprendre, et les textes
contiennent principalement des exposés pour les pratiques. Les anciens
maîtres taoïstes considéraient la nature comme leur professeur et ils
l’observaient dans toutes ses dimensions : Ciel-Terre-Homme pour en
observer les mouvements et en conserver l’équilibre. Les sages
observaient l’équilibre des forces de la nature et trouvaient la même
harmonie en eux-mêmes. La vie est simple et naturelle dans cette manière
de voir les choses. Point n’est besoin d’images culturelles étrangères
ni de concepts religieux pour éclairer la vision naturelle et
harmonieuse du Tao. Il n’y a qu’à observer la nature qui se manifeste
dans les cinq éléments, l’Eau et le Feu, le Yin et le Yang qui servent à
mieux comprendre l’humain.
Pour
atteindre l’équilibre sexuel, il s’agit d’observer que la femme est Eau
car elle génère l’énergie Yin froide et qu’elle a le pouvoir de réguler
l’homme qui est Feu car il génère l’énergie Yang chaude.
À un niveau
plus profond, on peut observer que l’homme non-stimulé sexuellement est
Yin profondément (Eau ou sperme) même s’il est Yang (Feu) à l’extérieur,
mais lorsqu’il est stimulé sexuellement, près de l’orgasme, il se
transforme en Yang de Yang ou en Feu. Tandis que la femme non-stimulée
sexuellement est Yang profondément (Feu ou ovules) même si elle est Yin
(Eau) à l’extérieur, mais lorsqu’elle est stimulée sexuellement, en état
d’orgasme, son énergie se transforme en Yin de Yin ou en Eau. La force
d’attraction et la recherche de l’autre pour s’harmoniser et
s’équilibrer découle de ces deux polarités Yin /Yang.
À un niveau
de conscience encore plus profond, on peut observer que l’homme possède
en son corps à la fois l’Eau et le Feu et qu’ainsi il peut réaliser un
équilibre interne parfait en harmonisant son Feu (Cœur-Esprit) avec son
sperme (Eau- sexe). Et que la femme possède aussi l’Eau (énergie des
ovules stimulée sexuellement) et le Feu (Cœur-esprit).
Il devient
facile pour l’homme d’utiliser ces symboles Eau et Feu ou Yin et Yang
lorsqu’il connaît les détails spécifiques des pratiques suivantes :
-
retenir la semence;
- déplacer les énergies sexuelles dans les canaux
d’énergie;
- comment échanger ces énergies avec une femme tout en
conservant
son pouvoir.
Il devient plus régénérant et guérissant pour la
femme lorsqu’elle sait :
- arrêter les menstruations en recyclant les
ovules ;
- déplacer les énergies sexuelles dans les canaux d’énergie;
- comment
échanger ces énergies avec un homme.
Le but du
Tao sexuel est la jouissance et la santé de la femme et la vitalité de
l’homme sans perte.
Et que
faire avec l’énergie sexuelle des partenaires de même sexe?
Dans le Tao, il n'y a pas de jugement par rapport aux homosexuels. Mais
le but du Tao est toujours d'atteindre l'équilibre des énergies, ni trop
Yin ni trop Yang. Il est facile de constater que deux hommes en relation
sexuelle provoque une sur activation du Feu (Yang) et que le fait pour
un homme d’être seul peut provoquer le même phénomène. D'où le principe
à respecter dans le Tao est de rafraîchir le Yang masculin soit:
- en
pratiquant la méditation des six sons de la santé;
- en absorbant le Yin
(froid) de la terre et l'énergie froide de la lune;
- en mangeant
végétarien pour compenser l'absence du féminin Yin.
Ces pratiques vont
servir à rafraîchir les organes internes qui vont à leur tour permettre
de transférer une énergie plus Yin (fraîche) dans la zone sexuelle et
apaiser le désir exacerbé par le Feu (Yang).
Deux femmes
en relation sexuelle ou une femme sans partenaire sexuel masculin
génèrent plus d'énergie Yin (froide) ce qui peut aller jusqu'à provoquer
la stagnation de l'énergie et provoquer un amas de Yin (gras, kyste,
lenteur, fatigue..). Pour aider à contrebalancer ces énergies Yin en
excès, le Tao suggère des pratiques pour stimuler et absorber le Yang
(Feu), par exemple:
- absorber
le Yang solaire;
- stimuler la montée de
Yang dans la méditation;
- absorber l'énergie céleste (Yang);
- manger des
aliments Yang pour compenser l’absence du masculin
Yang (chaud).
© 2007 Nicole Tremblay |